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©Textes et images - Conférences & Débats. Photos : Rigobert
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Le terrorisme islamiste, nourri d’abord par une pensée archaïque, se propage au moyen d’un discours simplificateur, affligeant, ignorant et mensonger sur l’Islam.
Restituer la profondeur historique de l’Islam et la consistance de ses cultures, tel est le déplacement proposé par Fethi Benslama pour faire échec à la violence nihiliste et aux réponses mimétiques qu’elle suscite.
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C&D :
À l’origine de l’aventure de votre dernier livre Déclaration d’insoumission à l’usage des musulmans et de ceux qui ne le sont pas, (Flammarion 2005) , il y a une pétition
Fethi Benslama
Oui, un texte intitulé «Manifeste des libertés », publié en février 2004 dans le quotidien Libération, rédigé par quelques personnes qui appelaient les femmes et les hommes du monde musulman qui se reconnaissent dans les valeurs de la laïcité à sortir de leur isolement et à s’opposer à certaines idées que nous voyons se développer ici ou là au nom de l’islam : racisme, antisémitisme et atteinte aux droits des femmes. Tout à coup, cette pétition recueille 1500 signatures ; c’est la première fois qu’un tel nombre de personnes se manifeste sur ces problèmes et ce succès nous a étonné. De cet étonnement est né un groupe de travail sur le mode : «Nous avons adressé un appel, nous avons eu une réponse, notre responsabilité est maintenant engagée. Que faisons-nous?» Nous nous sommes réunis régulièrement pendant presque un an. Un débat a eu lieu. Des gens venant de différents horizons y ont pris part. Le groupe m’a demandé de rédiger un texte de réflexion et d’approfondissement, c’est ce que j’ai fait. Je n’ai pas cherché le consensus, mais plutôt une certaine radicalisation et une exploration de quelques problèmes cruciaux. Une première version de « La déclaration d’insoumission » a été mise en débat.
Une nouvelle question a surgi : faut-il ou non placer notre action politique et intellectuelle à l’intérieur de la référence à l’Islam? Il y a là un véritable enjeu, sur lequel je m’explique dans ce livre. C’est ce qui m’a amené à réactiver une distinction refoulée entre l’Islam comme civilisation et l’islam comme religion. À l’écrit, la différence est marquée par l’initiale en majuscule ou en minuscule. C’est une convention typographique qui a été oubliée et emportée dans le flot de la confusion de cette époque. C’est un symptôme, celui d’une absence de discernement voulu et organisé par l’idéologie islamiste. L’Islam comme civilisation excède le fait religieux, le dépasse et parfois s’en émancipe.
«Déclaration d’insoumission à l’usage des musulmans et de ceux qui ne le sont pas». Ce n’est pas un titre anodin, pouvez-vous l’expliquer?
D’abord pourquoi «l’insoumission»? Le centre de gravité de l’aliénation que véhicule l’idéologie islamiste consiste à attribuer au nom «islâm » le sens exclusif de la soumission à Dieu, c’est-à-dire l’asservissement à ceux qui prétendent parler en son nom. Or, ce mot est polysémique, il signifie aussi «la paix», « la sauvegarde», «le salut» et bien d’autre choses. La déclaration vise donc le renversement d’un assujettissement que l’on veut attribuer au nom. Au nom du nom qui te dit de te soumettre, soumets-toi ! Voilà l’injonction de la servitude.
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« Les musulmans
ont su s’identifier aux grecs, aux prophètes juifs,
à Jésus et Marie » |
Eh bien non, au nom du nom et de sa signifiance infinie, ne te soumets pas ; bien plus, insurge-toi, donne à ce nom d’autres sens, par toi-même, ou laisse-le vide, pour accueillir tous les noms de l’histoire. C’est ainsi que les musulmans dans la grande civilisation de l’Islam se sont identifiés naguère aux Grecs par exemple, et à d’autres, aussi bien à la chaîne des prophètes juifs, qu’à Marie et à Jésus. S’il y a une civilisation de l’esprit, elle est là. Celle de se faire l’héritier des histoires humaines, même là où il n’y a pas de généalogie. Quant à la double adresse : «aux musulmans et ceux qui ne le sont pas», il est clair qu’aujourd’hui l’Islam (et l’islam) ne peut demeurer la chose des seuls musulmans, c’est un problème qui concerne tout le monde. Tous les jours l’actualité nous le démontre. Plus que jamais, on ne peut considérer l’Islam comme une affaire extérieure à l’Europe, si tant est qu’il le fut ; de même que le destin de l’Europe ne concerne pas que
les Européens.
L’Islam c’est d’abord une civilisation, des territoires, des cultures et tout cela, dites-vous, excède le fait religieux en tant que tel. Or, toute cette richesse qui a tant apporté au monde occidental se trouve finalement réduite à quelques énoncés simplistes, dont la portée se trouve augmentée par ce mouvement structurel de simplification, porté par les médias occidentaux et qu’on appelle aussi communication.
En effet, il existe un double mouvement de simplification, une conjugaison d’intérêts réducteurs et avilissants. Il y a d’abord les prédicateurs dont le but proclamé est de réduire l’Islam à la religion, et la religion à l’une des figures archaïques de la religiosité. Or, cette entreprise a trouvé un large écho dans le miroir médiatique du monde occidental. On s’est donné à cœur joie pour diffuser cette image au détriment du reste ; c’est ce que j’appelle «le circus islamicus», cette arène où jouent les fauves et les clowns du dieu obscur. Où sont-elles les belles œuvres, où sont-ils passés les hommes d’esprit, les artistes, les femmes libres et instruites, les démocrates, du monde musulman ? Vous vous souvenez de la réplique de Donald Rumsfeld, le secrétaire d’Etat américain à la défense, lorsqu’on lui a parlé du pillage des œuvres d’arts en Irak pendant l’invasion, il a dit : «Ah bon, parce qu’il y a des vases dans ce pays !». Réponse vraie ou feinte, le mépris est là. Et le mépris vis-à-vis de l’Islam et des musulmans a produit une destruction des images de l’Islam, ou bien encore une image destructrice de l’Islam. Elle a été intériorisée par de nombreux jeunes avec des conséquences redoutables. Cette complicité iconoclaste de l’Islam entre prédicateurs et médias occidentaux, nous en payons le prix aujourd’hui et pour longtemps encore. L’une des visées du «Manifeste des libertés» est de se dégager de ce rapport en miroir, et de créer un autre lieu, ni idéalisation de l’Islam, ni son ravalement, mais prise en compte du réel dans sa complexité, et surtout montrer les multiplicités culturelles, historiques et humaines sous-jacentes à ce mot «Islam», multiplicités que l’idéologie islamiste veut unifier et formater comme une marque déposée du dieu obscur.
Dans votre livre, vous affirmez vouloir ramener dans le champ politique et historique des questions qui sont habituellement présentées sur un mode théologique - les excès de la religion, les retards de la religion - pouvez-vous articuler les grandes étapes historiques qui font qu’on en est arrivé à la situation actuelle?
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« Il existe une culture de la paix, de la joie, du raffinement et de la mesure que l’islamisme veut détruire » |
En effet, les raisons pour lesquelles l’islam est sorti de ses gonds de nos jours ne sont pas que religieuses, elles sont à analyser également en termes politiques et historiques, au sens matérialiste. La théologie est partie prenante de l’histoire, mais l’histoire n’est pas que métaphysique. Une thèse veut que L’islam porte en lui, depuis ses origines, et d’une manière consubstantielle, la terreur et le fanatisme. Or, s’il y a incontestablement des matrices violentes ici, comme dans l’ensemble du monothéisme, il faut rappeler qu’il existe une culture de la paix, de la joie, du raffinement, de la mesure, que la mouvance islamiste veut détruire. Cette mouvance puise dans un noyau extrêmement radical à l’intérieur de l’islam, qui a trouvé notamment dans le wahhabisme rigoriste sa principale source d’inspiration. Le wahhabisme, il faut le savoir, est au départ une toute petite secte insignifiante, même pas considérée comme une école, mais qui a pu proliférer grâce à l’argent du pétrole.
Mais il faut se demander comment et pourquoi une telle tendance apparaît et prend de l’ampleur ? La barbarie n’est pas accidentelle. Nous savons que le monde musulman a connu au cours du 19e siècle, un vif désir de renaissance. Il est à nouveau entré en contact intense avec le monde occidental et a bénéficié des effets positifs de ce contact, et cela malgré la domination coloniale et ses exactions. Revenons au désir de renaissance, il a donné lieu à un mouvement d’émancipation qui a trouvé sa traduction historique et politique dans la lutte contre le colonialisme et les indépendances nationales. Au début de la seconde moitié du 20e siècle, les idées progressistes dominaient le monde musulman, et particulièrement le monde arabe.
Jusqu’aux années 70, la gauche socialiste, voire marxiste, tenait le devant de la scène. C’est à ce moment là que les monarchies pétrolières, en accord avec leur allié américain, dans le contexte de la guerre froide ne l’oublions pas, ont mis en œuvre un plan visant à détruire les forces progressistes, car les pétro-familles ont compris le danger que ces forces représentaient pour elles. Leur fortune facile a irrigué la semence islamiste, et l’Arabie Saoudite a une responsabilité écrasante dans l’émergence de l’idéologie islamiste et dans le désastre actuel de l’islam ; elle a nourri le pire, dont elle reçoit aujourd’hui le retour de flammes terroriste avec son allié américain.
Les tyrannies ont réussi à abolir l’horizon de la renaissance et ont détruit le désir d’émancipation en cassant les mouvements progressistes. Mais l’idéologie islamiste ne se serait pas développée et n’aurait pas occupé le terrain, si les gouvernements post-coloniaux n’avaient pas détruit l’espoir et les promesses de la décolonisation. Les gouvernements issus des mouvements d’indépendance se sont comportés à l’égard de leurs peuples, dans la plupart des cas, comme les administrations coloniales, et parfois encore plus mal. Un pays riche comme l’Algérie ne parvient même pas à répondre aux besoins fondamentaux de sa population, ses gouvernants ont laisser filer la croissance démographique, maintenu la femme dans un statut inégalitaire, tout cela pour finir dans une guerre civile atroce, dont on efface aujourd’hui d’un trait les crimes par un référendum amnistiant, laissant les criminels tranquilles, et des familles de victimes dans une grande souffrance.
Comment expliquer que les traditions d’interprétation qui ont fait l’islam des Lumières, qui ont su échapper à la tyrannie de la littéralité, se soient affaiblies au point qu’un nombre croissant de musulmans a pu adhérer à un message aussi désséché, aussi réducteur?
Les lumières de l’Islam se sont éteintes, il y a bien longtemps, à la suite de plusieurs siècles de décadence, et les musulmans eux-mêmes sont rentrés dans l’oubli et dans l’ignorance de ce que leur civilisation a porté. De sorte que finalement les islamistes n’avaient plus qu’à proposer des schémas simplificateurs accessibles à tous et d’abord à ceux dont l’état du savoir et les connaissances ne permettaient aucun accès à des interprétations élaborées des textes.
Diriez-vous comme certains observateurs que la propagation de l’islamisme s’est accompagnée d’une détérioration de la formation des imams ?
Bien sûr il y a toujours eu dans les grandes villes quelques savants, une élite, une infime minorité mais complètement dépassée. Car le mouvement islamiste est parvenu à simplifier à l’intérieur de l’islam et d’une manière absolument extraordinaire les grands débats religieux dogmatiques qui faisaient que l’islam demeurait en mouvement. Les dirigeants des mouvements islamistes sont des gens qui ont suivi des cursus scientifiques plutôt que des cursus littéraires ou même théologiques.
Cette alliance entre un schématisme réducteur privé des fondements qu’apportaient les humanités avec une rationalité technique présentée comme toute puissante nous est étrangement familière.
Il est vrai que ce processus islamiste n’est pas si éloigné des préoccupations des citoyens du monde occidental. Notre occident a connu plusieurs révolutions industrielles, scientifiques et techniques et il est très tenté par la liquidation du travail de la culture. S’il y a bien sûr un examen critique des Lumières à produire, on voit poindre depuis 30 ans, en France notamment, la tentation de leur liquidation pour faire prévaloir le cours de la rationalité technique.
Les civilisations sont fragiles vous savez, et périssables. Kant insiste sur le fait que la civilisation est partout une mince couche toujours menacée. Entrer dans la civilisation passe par des renoncements, exige patience, temps, soin, travail de sublimation et donc est générateur de frustrations comme le soulignait Freud. Une civilisation demande une élaboration considérable. Et tout cela en définitive tient à peu de choses et peut s’évanouir bien plus rapidement que nous le pensons, nous en avons de nombreux exemples. Comment expliquer autrement qu’une grande partie des medias de la société américaine, malgré une longue tradition de liberté de la presse, aient suspendu à partir du 11 septembre toute expression publique de la pensée critique.
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Vous soulignez que les gouvernements occidentaux ont tendance à parer les mouvements islamistes du manteau de l’honorabilité et d’autre part vous constatez le faible soutien des intellectuels en faveur de ceux qui résistent. Comment expliquer une telle indifférence ?
Il y a une très grande méconnaissance de ces questions et aussi une présentation tellement simplifiée de la part des médias
occidentaux que les responsables politiques
en sont influencés.
Le commisaire européen chargé des affaires de justice a donné un entretien cet été pour dire que la Commission Européenne allait ouvrir un dialogue avec les musulmans modérés. Attitude étonnante ! De quels musulmans s’agit-il ? Pourquoi ne dit-il pas qu’il convient d’ouvrir le dialogue avec les laïques et démocrates de culture musulmane ? Comment se fait-il que ces citoyens ne soient pas reconnus
comme interlocuteurs?
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« La laïcité est l’horizon de 70%
des musulmans en France » |
Il s’agit aujourd’hui pour les musulmans laïques de se rassembler, de se manifester, d’interpeller les pouvoirs publics aussi bien ici en Europe que dans leur propre pays. Et de demander les raisons de tant de collaboration avec des régimes tyranniques qui oppriment leurs peuples et qui exploitent à leur seul profit les richesses. Pourquoi instaurer un dialogue public avec les représentants des cultes musulmans alors que 70 % des musulmans en France considèrent la laïcité comme leur horizon?
C’est intéressant parce que les laïques et les démocrates ne se posent pas comme appartenant à une communauté. Etre un citoyen dans un état laïque, c’est précisément user de son droit de ne pas faire communauté. Et ceux qui entendent former communauté, qui le disent et se présentent comme tels, intéressent souvent des responsables politiques à courte vue, à la recherche de voix faciles à gagner.
Certaines conduites sont dictées par un calcul à très court terme. On soutient des régimes avec lesquels on est en affaire. Et puis ces régimes donnent des gages et promettent d’endiguer les islamistes que par ailleurs ils contribuent à fabriquer . D’un autre côté puisque ces islamistes deviennent une force, on va discuter avec eux et cette conduite finit par légitimer les projets les plus archaïques.
D’autre part, il y a sans doute une sorte d’aveuglement au sens où on s’interdit de poser les problèmes dans leur amplitude, on se contente de faire face au coup par coup, sans aucun horizon politique. On sent des responsables sous pression continuelle obligés d’aller fournir des réponses sur le terrain comme pour souligner leur efficacité.
J’ai quand même pu relever un motif objectif d’espérance dans votre livre. La religion a affaire aux hommes ici et maintenant, dans le siècle…
En effet, si la religion promet le salut dans l’au-delà, les hommes ne peuvent pas se contenter du salut. Le salut leur ouvre une
espérance mais ils sont obligés d’accomplir des actes qui ne peuvent pas se confondre avec lui. Et en dehors de quelques délirants qui croient résoudre tous les problèmes de l’humanité par le salut, il ne faut jamais oublier cette dimension, les religions n’en auront jamais fini avec le monde. Il y a une effectivité de la vie concrète dans le monde qui résiste à tous les délires, qui échappe à toute emprise dogmatique.
Dans votre déclaration, vous proposez plusieurs lignes d’insoumission :
«insoumission à la religion de la soumission»
«l’oppression des femmes dégrade la société toute entière parce qu’elle dégrade tout rapport à autrui»
«la liberté ne peut être octroyée»
Pouvez-vous développer ce dernier thème ?
Comment imaginer qu’une dialectique de la liberté puisse s’enclencher à partir d’une situation aussi dégradée ?
D’abord, il faut identifier clairement les termes de l’impasse actuelle. Il existe des forces créatrices et démocratiques dans le monde musulman, et ce, dans tous les domaines. Mais elles ne sont ni visibles ni audibles en raison du rapport en miroir entre islamistes et communication médiatique.
Ces forces sont prises en étau entre la terreur islamiste et celle des gouvernements tyranniques du monde musulman, lesquels sont soutenus par les gouvernements démocratiques en Europe et aux USA. Il faut desserrer cet étau par une double action :
- d’une part en mobilisant les opinions publiques dans les pays démocratiques, à l’instar de ce qui a été fait pour les pays de l’Est.
- d’autre part, nous savons qu’il n’y aura pas de soulèvement des masses aujourd’hui, sinon dans un sens aveugle, c’est-à-dire fascisant. L’insoumission passe donc par l’amplification d’un travail au niveau de ce qu’on pourrait appeler les processus de subjectivation créatrice. Par la créativité politique, intellectuelle, artistique, savante d’individus et de groupes porteurs au niveau local d’expériences de la liberté et de désir d’émancipation.
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« L’insoumission passe par une créativité artistique et politique » |
Faire connaître ces actions et leurs acteurs, leur donner la parole, créer des liens entre elles, les mettre en réseau et en résonance, c’est le but de l’Université des libertés que nous voulons créer. Et l’ambition de cette université peut se résumer ainsi : pour de nouvelles humanités en Islam, pour une solidarité entre les civilisations.
Dans cette perspective, les nouvelles technologies de l’information constituent-elles un enjeu ?
Chacun peut convenir de la puissance positive des savoirs. Or, je constate que si un élève a un devoir à la maison à faire sur l’Islam et qu’il tape « Islam » sur Google, il va tomber
sur tous ces sites islamistes qui prolifèrent sur la toile, de sorte qu’ils n’auront accès qu’à leur point de vue.
C’est un réel sujet d’étonnement pour moi de constater qu’il y a autant d’universitaires musulmans ou non musulmans qui produisent du savoir dans tous les domaines des civilisations de l’Islam histoire, droit, arts, économie-politique et de les voir confinés dans leurs laboratoires et dans leurs amphithéâtres, sans jamais prendre la moindre position collective - c’est-à-dire politique - dans l’espace public. L’ambition de cette Université des libertés consistera à rendre accessibles ces savoirs. Sous une forme virtuelle sur Internet, mais également sous une forme “physique” itinérante.
Qu’est-ce que vous avez envie de dire aux citoyens de nos démocraties ?
J’ai envie de leur demander de s’intéresser d’un peu plus près aux actes de leurs représentants, de leur demander d’être cohérents sur ce qu’ils font à l’extérieur des frontières des pays démocratiques et de manifester leurs désaccords lorsque ces actes sont contraires aux valeurs et aux idéaux qu’ils défendent ordinairement à l’intérieur de leurs frontières. Les gouvernements doivent sentir qu’il y a une opinion qui leur demande des comptes sur leurs agissements avec les gouvernements, les états . Ce qu’ils ne peuvent pas accepter chez eux, il ne doivent pas l’accepter ailleurs.
propos recueillis par Léon Wisznia
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